‘Trois amis en quête de sagesse’ de Christophe André, Alexandre Jullien, Mathieu Ricard


Lire ce livre m’a conforté dans la croyance que l’efficacité et le sens de tout enseignement se mesurent à la façon dont il devient partie intégrante de soi. Tout le reste n’est que blabla. Collectionner les ordonnances du médecin sans suivre le traitement prescrit n’aide pas à se soigner.

Les idées sont utiles pour éclaircir le débat, savoir où l’on va, déterminer les principes de nos actes, mais si l’on ne met rien en pratique, cela ne sert à rien.

Le concept à lui seul n’est pas guérisseur. Il peut être consolateur, éclairant, gratifiant, mais la guérison passe toujours, tôt ou tard, par les actes et par le corps. C’est dans l’expérimentation et le réel qu’on voit si une idée a de la force et du sens, et c’est dans la mise en pratique qu’on peut constater ses conséquences sur nous et sur les autres.

 

Cela permet de clarifier une autre question importante : l’ambiguïté de ce qu’on appelle le «développement personnel» : si ce développement s’opère uniquement dans la bulle de notre ego, on va le nourrir, le polir, l’embellir avec des idées réconfortantes, mais ce sera toujours dans une optique très étriquée, et on passera à côté du but, car la recherche de la plénitude ne peut s’accomplir que par la bienveillance et l’ouverture au Soi, le sien et celui des autres.

Alexandre Juillien, philosophe, dit que «Dans la bulle de l’ego, ça sent le renfermé». Soit on tente de se transformer soi-même dans le but de contribuer à quelque chose de plus grand que soi, et tout le monde est gagnant, soit on reste dans la bulle de son ego, et tout le monde est perdant, parce qu’en essayant désespérément d’être heureux juste pour soi-même on ne parvient ni à aider les autres ni à s’aider soi-même.

 

Travailler sur son ego pour s’en affranchir est le travail de toute une vie. Christophe André, psychiatre et praticien en psychologie positive, considère que la première étape de ce travail consiste souvent à consoler l’ego, à le reparer, parfois même à le renforcer puisque beaucoup ont un rapport à eux-mêmes marqué par la détestation.

Une autre chose qui caractérise la pratique de Christophe André est la «révélation de soi du thérapeute», le moment où le soignant, face à la souffrance de l’autre, parle un peu de la sienne. Ce phénomène a été étudié, théorisé, parce que c’est un élément puissant, comme un condiment dans la cuisine. Sans cela, une relation thérapeutique est fade, alors qu’elle peut prendre, grâce à lui, un goût de complicité et d’humanité.

En quoi consiste la révélation de soi dans une relation d’aide ? À un moment donné, le soignant entend chez son patient une souffrance qui fait écho à une souffrance qu’il a vécue. Et il décide de lui parler d’un bout de ce qu’il a traversé parce que cela peut être utile à son patient : il prend conscience qu’il n’est pas seul. Ce self-disclosure, comme disent les Américains, doit s’effectuer à toutes petites doses : pas question d’envahir l’espace de la consultation avec l’histoire du thérapeute, pas question de chercher à faire «relativiser» le patient, car il ne s’agit pas de dévaloriser son droit à souffrir. Il s’agit juste de lui faire rejoindre, au travers de sa souffrance, le vaste groupe des humains qui l’entourent.

Comme le dit Christian Bobin, écrivain et poète, : «Quelle que soit la personne que tu regardes, sache qu’elle a déjà plusieurs fois traversé l’enfer». Lorsqu’ils viennent nous voir, les patients sont en train de traverser l’enfer, ils s’y sentent seuls et perdus. Savoir que d’autres ont connu aussi ce chemin de souffrance peut parfois être pour eux un réconfort et un apaisement.

Encore Christian André dit quelque chose de puissant, auquel je souscris pleinement :

«Chaque fois que je travaille avec mes patients, je suis moi-même en train de ramer dans la même barque. Ils ne s’en rendent pas compte, mais souvent j’ai une grande gratitude après les séances : leur permettre d’explorer quelque chose d’eux et de trouver leurs réponses et leur chemin m’aide à faire le même chez moi et pour moi, sur le terrain, en direct. Les patients sont mes maîtres – j’ai le souvenir très précis d’une dizaine d’entre eux qui ont transformé ma vie sans le savoir. Je ne le leur ai peut-être pas suffisamment dit, je ne les ai peut-être pas suffisamment remerciés ; mais je pensais à l’époque que ça les aurait déstabilisés…

J’ai toujours le souci de sentir où en sont mes patients et de leur montrer la direction, au loin, sans leur mettre la pression sur des choses dont ils ne sont pas encore pleinement capables. Si je vous raconte tout cela, c’est parce que je pardonne toujours à mes patients d’être trop accrochés à leur ego cabossé et que je les pousse à se pardonner eux-mêmes leurs erreurs et leurs lenteurs. C’est le chemin que j’ai parcouru moi-même».

 

Travailler sur son ego implique explorer son identité. Mais celui qui s’enferme dans une identité n’a pas fini de souffrir.

Pour éviter cet en fermement, l’idée de vocation est très libératrice. Elle sert de boussole les jours où tout va mal, d’incitation à rejoindre l’appel le plus profond de notre vie. Dans l’épreuve comme dans la joie, il s’agit de sans cesse se demander :

– à quoi m’appelle, ici et maintenant, l’existence ?

– qu’est-ce qui compte vraiment dans l’existence ?

– qu’est-ce que j’identifie, au fond de mon Soi, comme essentiel ?

– qu’est qui m’anime à l’intérieur, quelle direction s’impose et donne un sens à chacun de me pas ?

– quel est mon Talent unique et précieux que j’ai reçu en cadeau par la Vie pour l’exprimer et le mettre à disposition de ce qui est plus grand que moi ?

– quelles sont les ressources profondes que je peux utiliser pour améliorer ma vie et celle des autres ?

Vivre, ce n’est pas se contenter d’errer au gré des rencontres et des circonstances, de bricoler comme on le peut, au jour le jour. Il est essentiel de voir une certaine continuité, une progression, dans ce que nous souhaitons accomplir par-dessus tout dans notre vie. Certains n’aiment pas l’idée de «construction perpétuelle de soi». Pourtant, mois après mois, année après année, il est possible de se construire, pas pour satisfaire son ego, mais pour devenir un être meilleur, plus altruiste et plus éclairé. On ne peut pas décider de but en blanc qu’on va être à 100 % au service des autres. Il faut prendre le temps d’acquérir la capacité de réaliser cet idéal.

À un moment donné, indépendamment de toute influence extérieure, on doit pouvoir se demander :

– qu’est-ce qui en vaut vraiment la peine ? qu’est-ce qui me permettra de penser, à la fin de l’année, que je n’ai pas perdu mon temps ?

On peut se poser cette question régulièrement et quand, vingt ans plus tard, on regarde en arrière, on devrait avoir le même sentiment que le paysan qui a fait de son mieux pour bien cultiver son champ. Même si les choses ne se passent pas toujours comme on l’espère, on devrait pouvoir se dire : «Je n’ai pas de regret, parce que j’ai fait tout ce que je pouvais, dans les limites de mes capacités, j’ai bien utilisé mon Talent et accompli ma vocation, marché sur le Chemin qui est le mien»

 

Spinoza, dans son Éthique, distingue clairement les désirs adéquats (ceux qui naissent dans le fond du fond et découlent de notre nature) des désirs inadéquats, que nous importons du dehors.

Distinguer en soi ce qui relève du désir adéquat ou pas est un exercice très libérateur. Si je regarde les attentes qui tissent ma vie, je débusque ce besoin farouche de rentrer dans le moule, de faire tout mon possible, quitte à m’épuiser, pour imiter les autres. Grâce à une ascèse, à des exercices spirituels, je commence à discerner les influences, les déterminismes qui pèsent sur moi… C’est presque un jeu que de considérer chaque désir qui traverse l’esprit et de voir où il puise son origine. La liberté participe de cet exercice, et chaque instant de l’existence peut devenir l’occasion d’un affranchissement, car on ne naît pas libre, on le devient.

La lecture de ‘Trois amis en quête de sagesse’ de Christophe André, Alexandre Jullien, Mathieu Ricard a été pour moi, en utilisant leurs mots : «une invitation à vivre meilleur, plutôt qu’à vivre mieux. Pour chacun, la paix est déjà là au fond du fond du Soi».

Depuis plusieurs années je découvre de plus en plus comment travailler sur la relation avec son corps, en hypnose ou/et par d’autres techniques, permet de se mettre plus profondément en contact avec le Soi, et que le corps, loin de lui faire obstacle, peut y conduire…

 

En lisant ce livre j’ai retrouvé plein d’approches sur lesquelles je fondé mes pratiques, et aussi appris beaucoup de nouvelles choses que je souhaite partager avec toi.

J’ai donc entrepris ce travail de synthèse où j’assemble des extraits du livre et je les mélanges à mes propositions, tout en gardant l’esprit et la cohérence du discours des trois auteurs, pour présenter les pistes de cheminement intérieur que j’ai explorées et qui peuvent peut-être devenir des sources d’inspiration pour toi.

Mon intention est de rendre simple courte fluide la lecture d’un livre dense grave profond et ainsi promouvoir la diffusion de pratiques simples et efficaces. Si la lecture de ces extraits t’est bénéfique, je t’invite à les partager avec tes contactes, et surtout à lire ce livre pour aller encore plus loin dans l’exploration de ces chemins de sagesse pour vivre meilleur…